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Humanitaire, l’autre exception française

Pour avoir vécu, étudié, travaillé (en entreprise et en ONG) dans divers pays anglo-saxons, puis avoir passé plusieurs années en missions sur le terrain, j’ai du, à mon retour à Paris, me rendre à l’évidence: l’exception française existe aussi dans les milieux expatriés de l’humanitaire.

Travailler à l’étranger, renforcer ses domaines de compétence, étoffer son expérience managériale, développer ses capacités de négociation, multiplier sa réactivité à des secteurs et des environnements complexes et mouvants, allier rigueur d’intervention et vision globale d’analyse, élargir ses champs de communication et ses choix stratégiques, et bla, et bla, et bla…..

Sur le papier, on coche toutes les bonnes cases du savoir-faire et du savoir être, et en plus, on a souvent plus de dix ans d’expérience. En bref, des super héros!

Ah, mais alors c’est peut-être, mais oui mais ç’est bien probablement sur, c’est ça: le collant rouge et la cape flottante, chez les autres qui parlent pas français, ça passe, c’est même plutôt attractif. Au pays du beaujolais nouveau ça fait ridicule, ringard, bref c’est grotesque. Ex-humanitaire ou comment briller dans un dîner en ville et rater un entretien. Ah, oui, il faut d’abord obtenir un entretien.

Le paradoxe français est qu’un humanitaire qui a fait ses preuves sur le terrain de l’expatriation a du mal à s’insérer dans le tissu de l’emploi hexagonal. En entreprise, on n’est pas crédible, dans le champ social large (associations ou service public, national ou régional) ce n’est pas facile. C KOI LE BUG??

Après m’être arraché la perruque et épuisé plusieurs conseillers pôle-emploi, j’ai rencontré Résonances Humanitaires, RH pour les intimes, et j’ai enfin compris.

Au commencement était le verbe, en effet à RH j’ai appris que beaucoup de mes problèmes étaient de caractère sémantique. J’ai réussi, grâce à la cohorte de bénévoles (plus de 100, coach, pros du recrutement, des bilans de compétences, accueillants, … , motivés et efficaces), et à ma participation à des ateliers divers, au groupes de chercheurs d’emploi et aux « mises en relation » - facilitées par le réseau RH - à définir mon projet et à finaliser ma présentation personnelle. J’ai rencontré les personnes clés qui m’ont permis à redevenir crédible face aux employeurs, mais aussi face à moi-même.

RH m’a aussi permis de dépasser un autre handicap-complexe de l’ex-humanitaire, et là nous abordons le sujet général du sentiment d’exclusion, de rejet, que nous avons tous ressenti, à un moment ou un autre de notre vie. L’éviction, ou parfois pire l’indifférence du groupe à son encontre est l’expérience douloureuse qui fait vite comprendre qu’on a besoin des autres, de leur approbation, de leur aide, pas seulement pour survivre mais pour vivre, tout simplement. Le hic, c’est qu’un humanitaire, comme souvent les professions de l’entraide et de l’urgence (j’aime pas le mot «care », et c’est pas français, faut savoir, on se réinsère ou pas), ne savent pas demander de l’aide, n’osent pas demander de l’aide, ont honte de demander de l’aide.

A l’aide! Aiuto! Help! Bû yìn! Ayuda! Hilfe! De la caverne au web 3.0, toutes couleurs et toutes cultures confondues, c’est si bon une main tendue qui nous aide à nous relever quand on est tombé. Ciboire! je ne suis pas passé loin, merci d’avoir été là pour moi. Oui, c’est si bon d’être rassuré. Et bien ça c’est dur à exprimer, pour celui qui avait l’habitude d’être « du bon côté » de la main tendue. Merde, je ne comprends pas, pourtant je suis compétent et en plus j’ai la pêche, pourquoi ils ne veulent pas de moi? Peurs et rancoeurs isolent et affaiblissent. Et, même si, on a su aider les autres à sortir de situations bien plus graves et complexes, on n’est pas foutu de s’en sortir soi-même.

Dans ce cas, être entouré de ses pairs, qui ont eu des parcours similaires, qui souffrent des mêmes qualités (l’oxymore est un ami) et ont su exprimer leurs défauts, dès lors s’y accommoder, dans cet environnement bienveillant et solidaire de Résonances humanitaires, aide à repasser du bon côté de la force (je suis cinéphile, c’est mon premier métier, et alors…)

Revenir en France et redevenir citoyen, non plus du Monde, certes mais sur le plan local, sur son propre territoire est un travail de « légitimisation » de son parcours professionnel « atypique » que notre culture générale française a pris pour habitude de ne pas prendre au sérieux. Résonances humanitaires nous aide dans ce travail personnel mais participe aussi à faire évoluer les recruteurs, en travaillant avec ses diverses entreprises partenaires, en participant à un lobbying actif auprès des législateurs de tous poils, en communiquant tous-azimuts sur les sujets de ressources humaines pendant et après l’Humanitaire.

Dans les bureaux, avec les divers accompagnants, coachs, psys, mises en relation, ou groupe de chercheurs, ça bosse dur et sérieux mais… j’ai oublié de vous dire, Résonances est devenue célèbre aussi, pour ses apéros. Il manque un ingrédient au cocktail gagnant d’une dignité renouvelée. Il s’agit du bonheur, du plaisir de s’être décloisonné, de la fierté d’avoir fait le bon geste, de la satisfaction du sentiment de puissance retrouvé. Le Bonheur (oui, avec un b majuscule, merci d’avoir introduit le bonheur dans les paramètres de réussite économique) n’est plus, seulement qu’une cerise sur le gâteau, c’est le gâteau lui-même. Et un gâteau, particulièrement en ces périodes de fêtes qui s’annoncent, ça se partage.

Un mot s’impose alors: « Solidarité », et dans son sillage une phrase se dessine: « Après l’émotion, l’engagement ». Merci au Salon des Solidarités de nous offrir ces trois jours de rencontres, de partage et de solidarité !

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